carnet(s) de route.s

Sept 12 -Oct 05 - 2010

SERENDOU - RESIDENCE AU NIGER

Bon et bien voilà, en route vers une nouvelle aventure. Nous sommes le 11 septembre et je pars vers Paris en transit pour Niamey et Zinder. Le Niger! 5 ans après avoir rencontré Yacouba Moumouni, je me rends chez lui pour 3 semaines de rencontres, d’échanges, de complicité,..ça c’est le rêve. On verra sur place comment les choses se déroulent.

Cette aventure portée par La Compagnie Hirundo Rustica est soutenue par la Région Bretagne et CulturesFrance.

2010 - Sept 12


Bon, le voyage s’est bien passé, nous avons retrouvé Yacouba qui arive de New York dans la zone d’embarquement de Roissy et nous voilà  partis pour 5 heures de vol.

L’arrivée à Niamey, le choc, il fait archi chaud. On s’y était préparé mais c’est quand même rude pour nous.
Le passage à la douane a été très drôle. Les douaniers font repasser tous les bagages au rayons X.  C’est un joyeux bazar, tous les bagages y passent mais aucun n’est ouvert.

Puis c’est la sortie de l’aéroport, on se fait assaillir par des jeunes qui nous mettent encore plus de pression quand ils voient que nous arrivons avec Yacouba que tout le monde appelle ici “Denké Denké” du nom d’un tube qu’il a composé. Jaco en sera quitte pour sa collection de petites pièces.
Puis petit tour de la ville, il y a des quartiers avec de la route bitumée (rares) et beaucoup de piste en argile avec des ornières impressionnantes. On y croise des chiens errants, des motos, des mobylettes, des 4X4, des motos, des biquettes, des motos, beaucoup de monde qui flâne,..

Petit arrêt resto, nous commandons du poulet/frites, avec du piment qui déménage, nous sommes obligés de nous déplacer dans l’espace couvert car une soudaine averse déboule accompagnée d’un énorme coup de tonnerre. Il pleut ardemment de grosses gouttes dans une atmosphère moite, il fait à peu près 37°. Les ornières sont impressionnantes, le 4X4 est vraiment le meilleur moyen de déplacement avec la moto ici.
A Niamey on parle majoritairement le Zarma (Djerma) alors qu’à Zinder on parle davantage le Haoussa.

2010 - Sept 13

Nuit difficile, je n’arrive pas à trouver le sommeil, décalage, chaleur,… ça va venir mais je me réveille un peu fatigué. Yacouba a des soucis de voiture donc c’est Bizo qui vient nous chercher pour nous envoyer au CCFN (Centre Culturel Franco-Nigérien).
Nous voyons la dureté de la vie ici, il fait très chaud, très sec, il a énormément de poussière, les gens vivent de peu, beaucoup de misère, une population en voie de paupérisation liée à une absurde répartition des richesses entre pays du Sud à forte ressource et pays du Nord pillant allègrement les premiers.

Nous arrivons au CCFN (Centre Culturel Franco-Nigérien) et passons une bonne heure à discuter avec Bizo. Le choc culturel commence. il nous décrit son travail, la dureté de la vie ici, le prix de l’éducation une bonne école coûte 850€ à l’année et le salaire moyen est de 45€/mois. Puis Yacouba arrive, nous nous rendons dans les bureaux et faisons la connaissance de Adama Boureima, la secrétaire de Delphine Boudon et de cette dernière qui est directrice du Centre.
Puis en route vers le CFPM (Centre de Formation et de Promotion Musical), c’est un lieu de répétitions (il y a plusieurs espaces de travail) et d’enregistrement. Nous rencontrons plusieurs musiciens et techniciens, tout est très calme car nous arrivons après 3 jours de fêtes qui terminent le ramadan, c’était le week-end dernier. Nous retrouvons, Barry et faisons la connaissance de Darius, Koudédé et de beaucoup d’autres.



Nous partons ensuite vers le quartier Zongo, quartier populaire très pauvre où Yacouba a été recueilli et élévé par Amsatou Danté qui s’occupait d’une troupe de danse. Nous arrivons entre les ornières jonchés de détritus et les moutons qui s’en nourrissent. La vieille dame nous attend, nous parlons de Yacouba, du petit Yacouba qui a travaillé beaucoup pour elle, qui a travaillé beaucoup la flûte, le chant et la danse (n’oublions pas qu’il est un super danseur qui connaît toutes les traditions d’ici). Nous parlons assidûment 30 mn, Jacques-Yves filme le tout et nous terminons à 2 flûtes à jouer des morceaux de Serendou que Yacouba a appris avec elle.Il y a là plein d’enfants autour de nous.

Ensuite retour au CFPM, pour écouter un mix des Cigales, groupe de femmes de Niamey encadré par Haro (le bassiste de Mamar Kassey) et nous avons droit à 4 morceaux fantastiques de musiciens traditionnels d’ici (2 Molos - Salaté et Oumani, 1 Kalangu- Oumarou et une flûte - Moussa) suivi d’un fantastique solo de Oumarou au Douma (tambour basse).

2010 - Sept 15

Alors ce matin, en route vers le CFPM, il y a là le groupe Sogha qui répète. Ivoirien à la basse, une calebasse, Issaka au Molo, Seîni au Kalangou, Lom à la guitare et Aïsatou et Ramatou au chant.

Il y a de belles mises en place, des chanteuses au timbre incroyable et à la chorégraphie intéressante. Ils nous joueront 2 morceaux que Jacques-Yves va filmer Dam Kwali et Bassatarey
Je fais enfin la connaissance de Malam Mamane Barka, personnage très intéressant et très fin, nous discutons assidument avec lui, il a une vision très intéressante de la musique et de sa place dans la société. Il sera du voyage vers Zinder, nous aurons davantage de temps pour discuter mais la première rencontre est très riche. Puis Yacouba nous amène dans le bureau du directeur du CFPM et nous rencontrons Moussa, il nous présente son outil et nous fait visiter le Musées des instruments traditionnels, fabriqué en banco avec l’aide d’une association de coopération espagnole. Nous parlons de Dastum et il serait bien de les mettre en relation car le lieu est prêt à accueillir des consultations, il faut juste voir avec quelle organisation.

Le musée est très intéressant, au niveau percussions, il y a déjà 60 instruments différents, des harpes traditionnelles, des trompes, … tout cela est fascinant.

Nous faisons un crochet vers le quartier d’adoption de Yacouba qui nous présente “Arouna dit Johnny Maiga” il joue de la flûte à bec et sur un répertoire d’Afrique de l’Ouest. Il nous joue quelques morceaux et prend sa guitare pour 2 chansons inoubliables.

2010 - Sept 16

Bon retour à la musique pour un moment, Yacouba arrive avec Barry, chaleureuse embrassades à la Barry. Nous filons au CFPM pour réentendre Sogha, il y a deux chanteuses supplémentaires et les boubous sont de sortie, la classe.

Jaco filme trois morceaux puis Yacouba décide qu’il est temps de répéter un peu Serendou. On installe des micros, Woaw!!! Tout sature, Jacques-Yves est écroulé, Serendou n’aura jamais sonné comme ça!!

Nous jouons 2 heures, les gens passent, restent un petit temps, repartent reviennent, c’est très drôle, à la fin, tout le monde vient me saluer, j’ai enfin joué!! Me voilà accepté et respecté!
Yacouba file juste après la répé, nous restons discuter un peu tous les trois, quand il revient nous apprenons qu’il est parti faire des prises pour un hymne à l’équipe nationale de foot. Il n’arrête jamais!!!

2010 - Sept 17

Travail personnel autour de la flûte et du Logelloop toute la journée.
A 18h00, Yacouba vient me chercher pour le concert de Mamar Kassey et là ça commence à dérailler. Nous arrivons au Grand Hôtel où il y a une soirée de gala (je ne sais pas trop comment appeler cela) pour le 41ème anniversaire de la révolution qui a mis Kadafi au pouvoir. Tout est organisé par l’Ambassade de Libye. Tout le monde est en costume, il y a là le gratin de la société politique et économique nigérienne. des petits fours qui contrastent sérieusement avec l’ambiance que l’on trouve dans le rue. Yacouba a changé le diapason du Kamélé n’Gouni et le micro ne marche plus (la tension des cordes doit appuyer sur le chevalet qui écrase le micro), du coup le voilà stressé. On passe 1/2h à réaccorder l’instrument, ça marche un coup sur deux mais il n’a plus le choix, il doit faire le concert ce soir dans ces conditions. Il y a également ici le groupe Tal.
La soirée démarre, je ne sais pas où donner de la tête, l’armada de serveurs en tenue blanche, la fanfare tout d’orange vétue, le coucher de soleil sur le Niger,
Les moustiques arrivent par centaines flairant l’orgie qui se prépare tout dard devant. Les musiciens jouent, super passage de Mamar Kassey avec une nouvelle chanteuse/danseuse, ça joue vraiment très très bien. Mise en place impeccable, groove terrible, super..

Tal n’est pas en reste dans le style afro, ça groove super.

Puis le cérémonial commence, la fanfare tout d’orange et de vert vétue attaque, quel bonheur!!!
Nous partons ensuite vers l’Exotic Bar, Ce soir c’est Batoubé qui joue, c’est le groupe de Haro (la bassiste de Mamar Kassey), la musique est superbe, sorte d’afro-jazz
avec guitare acoustique, claviers, batterie, djembé et Haro à la basse. Le groupe joue vraiment bien et l’ensemble est de haute tenue.

2010 - Sept 19

Réveil au rythmes des marteaux qui frappent le burin. Pas de dimanche sans travailler ici. Les maçons travaillent toute la journée sous le soleil qui tape à 35/39° sans un souffle de vent.


Ce midi,nous sommes invités à manger chez Barry (Boubacar Souleymane).

Nous quittons le centre de Niamey pour nos diriger vers la périphérie où il réside.Nous aurons le droit à un très bon repas conclus par un thé servi dans le verre du Festival des Fifres de Saint Pierre D’Aurillac, grand souvenir pour les amis nigériens.

En route vers le CFPM, nous retrouvons Jaco et Olivier qui sont en chômage technique depuis midi (il est 16h00), panne générale de courant, Yacouba nous explique qu’il fait très chaud, les gens allument les climatisation et tout saute à Niamey.

Le courant reviendra vers 17h30. Je discute avec Boubé Diallo. Yacouba arrive et nous improvisons une répétition, du coup, bon travail de détail sur 2 morceaux, des nouvelles idées d’arrangement, super!

2010 - Sept 20

Une tempête vers 3h du matin. Un vent impressionnant, un orage assourdissant, des trombes d’eau incroyables! Ce matin, il y a beaucoup de vent et le ciel est gris pour la première fois depuis notre arrivée.

Il va pleuvoir toute la matinée, les rues sont gorgées d’eau, le changement d’ambiance est saisissant. Ciel gris, pluie, vent, boue,..Nous arrivons au CFPM et devons attendre 20mn dans la voiture tant la pluie est dense.

Nous discutons un peu avec Jaco et Olivier, L’ambiance est détendue et ça travaille. Zara a l’air très contente.

Nous attendons qu’une salle se libère et nous nous installons. Je branche mon ordinateur, constate que la colle de mon autre liège de flûte a également fondu et qu’il cherche à me quitter pour se réfugier dans une ambassade plus compréhensive et hospitalière, un petit coup de téflon aura raison de ses revendications inopportunes. Nous passerons un petit moment à trouver comment fonctionne le micro que Jaco a installé dans la nuit sur le Kamélé n’Gouni de Yacouba.
Retour au CFPM, Barry nous attend, nous commençons à répéter des détails sur des vieux morceaux, la matière s’affine et prend de la consistance en même temps. Puis, panne de courant, je n’ai pas encore allumé mon ordinateur, pour Serendou, ce n’est pas trop grave car nous avons toujours de quoi travailler en acoustique mais c’est une autre chanson pour les amis qui sont dans le studio en face, tout est bloqué, il peuvent travailler 2 heures grâce à l’autonomie des batteries mais la panne va durer 4h.
Le courant revient mais il nous faut partir!

2010 - Sept 21

Nous filons au CFPM, Barry n’arrivera qu’à 11h30.

Répétition toute la journée, ça avance à l’Africaine. Déjeuner avec l’équipe de Zara Moussa, l’ambiance est bonne, le travail avance bien dans les 2 équipes et l’énergie est bonne.

2010 - Sept 23

Tout va bien, le taxi était à l’heure, nous traversons Niamey qui se réveille, l’ambiance est très calme, j’ai le temps de regarder autour et je me rends compte qu’il y a des antennes relais tous les 100 mètres. Pas étonnant que tout le monde fonctionne au portable ici, tu captes mieux que dans le Trégor !! Tant pis pour les lésions du cortex, on communique! J’arrive en avance à l’aéroport, remarque la femme-policier en talon qui tape du pied des rythmes syncopés, tout en caressant son fusil mitrailleur. Enregistrement et hop! Me voilà dans les airs, le paysage est splendide et dur en même temps.

Immense étendue d’argile poussiéreuse. On distingue les canaux d’irrigation qui vont de village à village. Chaque village ressemble à une toile d’araignée qui aurait comme une “aura” verte autour. Ici, tu te rends compte que l’eau, c’est vraiment la vie. On la garde comme un trésor, là où en Bretagne on la gaspille et on la pollue.
J’arrive enfin à Zinder,  Je découvre la ville.

C’est plus petit, plus sympa aussi, je m’y sens bien. Nous faisons le tour du CCFN, le directeur me présente l’équipe, le lieu est plus intime que Niamey.

Il y a là un groupe qui répète “L’ensemble Madoubi” 5 femmes et 6 hommes, les femmes chantent et dansent, les hommes jouent guitare, Kountigui, Kalangou, basse, calebasse,..
C’est très joyeux, Jean-François Belleface me dit que cet ensemble est une sorte de groupe de griots appelé à jouer pour les mariages, baptêmes,.. quand ils viennent répéter, c’est qu’il y a du boulot à suivre. Donc, coup de bol. Jean-François m’explique le fonctionnement de son outil et me présente les membres de l’équipe. Je rencontre la responsable de la bibliothèque, le prof de français, le responsable musique (Léandre) qui s’occupe également d’une troupe de marionnettes, elles sont splendides, on ne sait pas si c’est un genre traditionnel mais les spectacles de marionnettes sont très répandus ici.

L’ambiance est détendue et sympa. 
Jean-François m’explique que Zinder a un passé commerçant très riche, négociants et nomades venaient ici faire des affaires, c’est un grand carrefour de commerce.Il y a 3 villes ici, la ville des négociants/commerçants sédentaires, celle des commerçants nomades et la ville coloniale construite par les français. J’espère avoir le temps de me promener un peu dans tout cela.Pendant la discussion, nous sommes entourés de lézards qui se promènent autour de nous. Les oiseaux chantent allègrement, des perruches et une sorte de gros geai très sonore, le tout ponctué par un ballet de gros camion. Jean-François habite près de la douane et des camions se réunissent ici, sont contrôlés et une majorité d’entre eux partent ensuite en convoi vers Tanout (60kms) où est en cours de fabrication la raffinerie des chinois.
 Je me promène dans le quartier. Je vais faire un saut jusqu’au marché, la route est propice à la prise de son, j’allume le magnétophone et enregistre un feu d’artifice sonore, motos, piétons, camelots, muezzin, voitures et klaxons, … il y a tout. Quand inventera-t’on une machine à enregistrer les odeurs? Les mélanges dans le marché sont incroyables, épices diverses, parfums, transpiration, bouse, essence, ..je vois des courges énormes, des récipients immenses remplis d’un cumin odorant, je flâne et me régale de tout celà. L’ambiance est évidemment sans comparaison avec Niamey, personne ne me voit, ne me sollicite, je dois être le seul blanc sur le marché mais je n’existe pas. Tant mieux, je n’en suis que plus tranquille pour faire mes prises de son. retour chez Jean-François, un petit lézard m’attend. pour une fois, un specimen de l’espèce me laisse le prendre en photo et prend la pause, j’en profite.

Puis, c’est l’appel à la prière, le chant des muezzin monte des 4 coins de la ville, je sors le magnéto et tente des enregistrement au milieu d’un ballet de chauves-souris de tailles impressionnantes, elle me passent à 50 cm au dessus de la tête.
A 19h00, nous allons chercher Yacouba et Barry qui sont partis à 5h00 ce matin de Niamey. La cohue est intéressante à la sortie du bus et on interpelle à tour de bras “hé! Moumouni! Denké! Denké!!” C’est reparti, un jeune homme se rue sur Yacouba pour lui porter ses valises. Nous arrivons chez Jean-François, petit apéro et bon repas. Nous voilà enfin réunis à Zinder, le travail démarre demain. Enfin!!!